Naundorff c’est Faux et Usage de Faux

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L’opuscule « Trois exemples de la méthode naundorffiste », extrait du correspondant, et imprimé en 1912 méritait bien d’être connu ou re-découvert. L’auteur François Laurentie appartient à une famille qui a toujours été fidèle à la Monarchie et aux Bourbons. Le premier, Pierre Sébastien Laurentie (1793-1876) est né un 21 janvier, d’une famille modeste, sera journaliste et un excellent historien. Malgré 1830, il continuera à défendre les Bourbons, et fondera la futur Union qu’il dirigera. Son fils Sébastien sera un conseiller zelé du comte de Chambord. Ses souvenirs seront publiés en 1892 par son petit-fils, le second, Joseph Laurentie. François Laurentie (1874-1915), le troisième, normalien, l’auteur de ce texte dont nous allons parlé, fut un fidèle serviteur de Jacques de Bourbon de jure Jacques Ier. Depuis 1910, il avait le dépôt de tous les archives de Charles X et du comte de Chambord. Il avait déjà fait parlé de lui dans des brochures sur Louis XVI et Louis XVII. En 1911, avant la parution de notre opuscule, il s’était déjà intéressé au rapport Boissy d’Anglas sur l’affaire Naundorff et l’avait commenté et refuté. Il avait aussi livré une analyse très intéressante sur la situation diplomatique en 1870 quand Guillaume Ier et surtout Bismarck imposait la domination allemande en Europe et contraignait la France à une paix bien amère. Jeune officier pendant la grande guerre, se battant aussi pour son pays, il fut emporté en 1915 et ce fut un drame pour sa famille et aussi pour la Légitimité.

L’Opuscule de François Laurentie

Les fausses lettres de Laurent

En octobre 1835, un certain Bourbon-Leblanc, avocat véreux, qui ne s’appelait ni Bourbon ni Leblanc, et qui avait déjà défendu le faux dauphin Mathurin Bruneau, publia trois lettres adressées disait-il par Laurent, gardien du Temple après Thermidor à un Général X… (Frotté, Pichegru ou Barras personne ne sait…). Ces lettres peu précises sont des copies, on n’a jamais pu retrouvé les originales..

Ces lettres sont des faux. L’honneur de l’avoir démontré revient pleinement à Georges de Manteyer, historien et archiviste. Déjà le 4 avril 1912, il avait livré d’utiles explications dans le journal des Débats. En 1926, il publiera deux épais volumes de 1276 pages, autant de pages pour démontrer toutes les supercheries des survivantistes dans « Les Faux Louis XVII, le roman de Naundorff et la vie de Carl Werg, recueil de 700 documents tirés des archives d’Allemagne et de France ».

La première lettre de Laurent mentionne « Demain, son nouveau gardien doit entrer en fonction, dit Laurent ». Or la lettre est datée du 7 novembre 1794, et Gomin, désigné le 8, n’a été installé que le 9. L’erreur serait peut-être sans grande importance, si on n’en trouvait précisement la source dans les Mémoires historiques sur Louis XVII, d’Eckard, 3ème édition, 1818, p. 251 : « Depuis le 8 novembre précédent, dit Eckard, le Comité de Sûreté générale avait adjoint M. Gomin à Laurent, comme gardien des Enfans de Louis XVI. » Le faussaire a mal lu ce texte, sinon erroné. De plus le mémoire de Madame Royale romançé dans les deux éditions de 1817 et 1823, écorchent en Gomier le nom de Gomin. Sauf que dans le manuscrit de ses Mémoires que la duchesse de Madrid, épouse de Charles XI, publia en 1892, on lit « Gomin ». En 1923, Jacques de Bourbon autorisera le vicomte Jacques de Canson à faire 500 exemplaires numerotés, fidèles reproductions du fameux manuscrit de Madame Royale. La reproduction est absolument magnifique, et on lit bien « Gomin » (voir reproduction ci-dessous, voir la troisième ligne en partant du bas, on voit gomin)

Mais il y a mieux, les faussaires se rendant compte de leur bêtise, ont falsifié le faux entre 1846 et 1851 pour le fameux procès par Gruau de la Barre. Gruau de la Barre, ou plutôt Modeste Gruau, comte par la grâce de Naundorff, et que les naundorffistes appellent couramment « le vénérable comte de la Barre », n’est autre qu’un triste avocat, doublement faussaire, d’une escroquerie à la couronne. On trouve ses lettres refalsifiés dans son livre « Intrigues dévoilées ».

La deuxième lettre de Laurent se réfère là encore aux erreurs de Eckard. Le prétendu Laurent signale comme une nouvelle à son général la visite de Mathieu de Reverchon et d’Harmand de la Meuse. La lettre est du 5 février 1795 et la visite en question a lieu le 19 décembre 1794 : M. Frédéric Barbey l’a établi d’une façon positive en 1905, mais le faussaire ignorait ce détail.

Dans la troisième lettre, la « seconde » substitution a eu lieue. Quant au Dauphin, Laurent le dit en sureté et cette nouvelle est lancée avec audace de la « Tour du Temple » en toutes lettres. Mais le rédacteur a commis une nouvelle maladresse. Lasne prendra ma place quand il voudra dit-il. Or, reprend fort bien, M. de Manteyer, « à cette date, Lasne ne se doutait nullement qu’il serait jamais désigné pour aller au Temple » : nommé dix-huit jours plus tard, – le 21 mars – le nouveau gardien ne fut installé à la tour que le 31. Il « ne s’y laissa pas conduire sans résistance » et « arriva entre deux gendarmes ». Et sans doute Eckard donne-t-il exactement (p. 277) cette date de l’entrée en fonction de Lasne. « Mais, comme il ne mentionne pas sa résistance, le lecteur peut supposer que cette arrivée était préparée depuis plusieurs semaines. ».

Laurentie en conclut que ces lettres ont été fabriqués après la parution en 1818 de la troisième édition de Eckard. A l’époque, deux survivantistes, faussaires bien connues étaient très amis : Bourbon-Leblanc et Morel de Saint Didier. Ces deux faussaires étaient en contact étroit avec Mme Atkyns, une anglaise intrigante et dévouée à la cause ainsi que Mme de Foulques et M. le Colonel.

Les fausses lettres à la famille royale

De 1825 à 1829, à travers une série de lettres, Naundorff devient progressivement Louis XVII. Dans la première lettre, le 23 septembre 1825, sous la menace du fouet, le faux monnayeur proclame qu’il est fils d’un membre de la famille royale de France. De quel membre ? Mystère. Il est juste prince originaire de Paris et a quitté la France « avec son père ». L’original de la lettre a disparu mais a été vu et résumé de la façon la plus précise, en 1873 par Otto Jork (Archives de la maison de détention de Zuchthaus). Ce père n’est donc pas Louis XVI.

En février 1827, il écrit à nouveau, signe « Ludewig Burbong », et déclare se nommer Louis Bourbon, fils de… Mais, ajoute-t-il, je ne veux nommer mon père. Bref, personne ne sait, et il ignore lui-même de quelle souche il est issu. A cette époque, un prince français qui signe « Bourbon » ne peut appartenir qu’à la maison de Condé. Naundorff, que le duc d’Enghien a si longtemps et si singulièrement préoccupé, songeait peut être alors à une origine Bourbon-Condé.

A la fin de l’année 1828, quelques mois après sa sortie de prison, il devenait définitivement faux dauphin. Madame Naundorff, née Einert, qui, en 1819, 1821, et 1823, n’avait pas plus songé que son mari à donner à ses enfants les prénoms de la maison de France, puisque les trois premiers noms sont curieux : Jeanne-Amélie, Charles-Edouard, et Berthe-Julie, se décide enfin à appeler sa fille Marie-Antoinette. Il était temps…il avait 52 ans.

La revendication officielle date de 1831. Naundorff écrit à Charles X par l’intermédiaire de son confident Pezold, espèce de notaire sur lequel les magistrats prussiens donnent les plus tristes renseignements (voir Dupré-Lasale, Réquisitoire de 1851).

Les lettres écrites avant à la famille Royale, se comptent par centaines, selon les dires de Naundorff : « En 1816 époque où j’acquis une pleine liberté, j’écrivis à Louis XVIII. » ; « j’écrivis en 1818 à S.A.R. le duc de Berry » ; «  En 1824, j’écrivis de nouveau à Louis XVIII »….Tous ces dires de commentaires de lettres sont imprécis et vagues. Pire, notre faux dauphin se contredit quand il déclare à l’empereur d’Autriche que le duc de Berry ne lui a point répondu, et à ses amis de Paris, il indique qu’il a reçu une réponse qui se trouve dans un tiroir à double fond à Crossen. Caroline Albouys, sur la foi de ces indications très précises, part pour Crossen et ne trouve rien dans le secrétaire quoiqu’elle eût fait mettre en mille morceaux le secrétaire. Alors un mensonge de plus fut inventé : la lettre du duc de Berry avait été volée. Puis en 1836, la lettre était certainement dans la saisie des 202 pièces raflées par la police de Paris. Mais pas de lettre…alors il fallait que le duc de Berry fût assassiné par la famille royale et la pièce a disparu. Or tout ceci n’est qu’invention, la lettre de naundorff adressé au comte de Chambord le 8 décembre 1843 et précieusement conservé par François Laurentie, mentionne bien cette fameuse lettre du duc de Berry qu’il aurait dans ses mains : « Il a toujours sous ses yeux la lettre de votre noble père qui mourut victime de son dévouement ». Le maître menteur, doublé d’un maître chanteur, est pincé.

Les signatures

Venons-en aux fameuses signatures du faux dauphin. Le second fils de Louis XVI fut habitué dès son plus jeune âge à signer Louis-Charles jusqu’à la mort du premier dauphin (4 juin 1789). La famille royale l’appelait même Charles tout court. Mais jamais on ne lui a donné le nom de Charles-Louis, et jamais il n’a signé « Charles-Louis ». La preuve a été établi par le cahier d’écriture du dauphin, conservé par M. du Mesnil de Saint-Cyr, maître à écrire des enfants de France. Le précieux cahier fut envoyé en présent par ses nièces, Mlles du Crozet de Liat au Comte de Chambord en avril 1859.

C’est un petit détail de rien. Si toutefois Naundorff l’avait connu le 1er janvier 1834, il aurait été plus crédible…

En 1831, lorsque Naundorff, repris de justice, adressa au roi de Prusse le récit funambulesque de sa vie, il signa « Louis-Charles », oubliant au passage son règne. Il est soutenu par les pseudo-prophéties de Saint Césaire, par les hallucinations du bonhomme de Gallardon, par les fantaisies historiques des faux mémoires du teinturier Lamothe-Langon, et par la boufonne crédulité du nommé Albouys, de Cahors. Il se met à compléter sa signature – absurde pour un roi de france de droit – de « Louis-Charles, duc de Normandie ». Louis Charles duc de Normandie, à la mort de son frère aîné, perdit son titre ducal pour devenir dauphin de France, puis à la mort de Louis XVI, devint « Louis » tout court puisqu’il était roi de France de droit.

En janvier 1834, Mme Marco de Saint Hilaire, vivait comme Anne et Siméon dans l’attente du messie Louis XVII et de juillet 1830 à septembre 1832, jeûna pour se rendre digne de le recevoir. Martin de Gallardon, lui, achevait une neuvaine quand Naundorff arriva loqueteux dans les faubourgs. La Providence, décidément, comblait tous ces braves gens.

Mme de Saint Hilaire révéla à son prince qu’un Almanach de Versailles le désignait sous les noms de Charles-Louis, duc de Normandie. On trouve l’erreur dans les almanach de 1787, 1788, 1789. Mais Surprise que n’avait pas vu Laurentie, l’erreur a été corrigé en 1791 pour la dernière année. Par contre dans l’almanach royal de 1787, 1788 et 1789, le duc de Normandie est bien Louis-Charles.

Mme de Saint Hilaire est fière de sa trouvaille. Aussi pour en remontrer à tous les chartistes de l’avenir, et sans consulter d’autres textes que cette ligne erronée de l’almanach, devenue parole d’Evangile pour son âme de Saxon luthérien, Naundorff ne signera plus que « Charles-Louis » ou « Charles-Louis, duc de Normandie ». Il ne connaît plus Louis-Charles et il s’attache à sa trouvaille comme un noyé à sa poutre. Charles-Louis, c’est son palladium, c’est sa preuve suprême, c’est le coup de grâce à Richemont et aux trois douzaines d’autres faux dauphins qui ne connaissent pas l’Almanach de Versailles.

Naundorff avait oublié les fausses lettres signées Louis-Charles, et quand il se prit à rédiger après 1834 de nouvelles lettres antidatés, elles furent signées Charles-Louis, très intéressant donc pour dater l’historicité du courrier de l’imposteur. Mieux, ne connaissant ni l’écriture de Louis XVI, ni celle de Louis XVII, et surtout quand on est si puissamment documenté par l’Almanach de Versailles, on se doit d’avoir une écriture qui ressemble à celle de l’Enfant-Roi, à celle du billet Jarjayes dont Cléry et Eckard ont donné le fac-similé.

Charles-Louis usera donc d’une signature, analogue pour le mot Louis à celle de cette lettre fameuse. Les naundorffistes s’émerveillent sur la prodigieuse ressemblance qu’elle présente avec celle de l’enfant du Temple. Cette analogie leur paraît miraculeuse et comme qui dirait « providentielle » (selon Gruau : Démonstration providentielle, 1872). On veut des preuves ? Disent-ils. Celle-là suffit.

Après 1834, Charles-Louis vieillit, obligé de se teindre les cheveux, et ayant sous les yeux des textes de Louis XVI, il trouve plus digne de son âge d’imiter avec un succès douteux la signature du malheureux roi : dans celle du 14 octobre 1836 publié à Londres et l’autre au comte de Chambord.

Mais Monsieur de Manteyer, par un consciencieux travail, a retrouvé les signatures authentiques de Naundorff qui remontent à l’année 1824 et à l’année 1812. Et elles sont bien différentes…

A Spandau, le 8 décembre 1812 après avoir comme sujet prussien, prêté serment de bourgeoisie, l’ancien déserteur Werg signe de son nouveau nom « Karl-Wilhem Naundorff » en même temps que Johann-Christian-Samuel Berckman, marchand de Berlin. Cette signature, tracée en caractères gothiques, est celle d’un homme foncièrement allemand : Berckman, lui, comme tous ceux de ses compatriotes d’alors suffisamment cultivés, signe en caractères latins ».

A Brandebourg-sur-Havel, le 30 juin 1824, une autre signature a été apposée à Werg-Naundorff « sur l’acte d’acquisition de la belle maison sise au n°87 du Markt, dans la Neuestadt, qu’il se fit adjuger au prix de 1450 thalers, sans avoir réellement un groschen pour en acquitter le prix. On voit que l’aventurier, depuis 1812, a singulièrement développé son instruction, à force de fréquenter, sur le tard, le maitre d’école ». Mais il est trop clair que, si Naundorff eût été le dauphin, l’écriture de 1812 qui eût été la plus française de toutes, alors qu’elle est la plus allemande. C’est de même, l’écriture de 1824 qui eût été la plus germanisée.

Du mirage à une nouvelle religion

Naundorff se résume en deux mots : fabrication et usage de faux. Les faussaires ont puisé dans tous ces livres romantiques où les faits historiques n’étaient pas tous sérieux. L’arrivée de Naundorff à Paris à un moment où le parti légitimiste était pourchassé par la police de Louis Philippe, a donné de faux espoirs à des français. Le groupe naundorffiste a été déshonoré par toutes ces fausses visions, apparitions et extases. Naundorff lui même a causé avec un archange avant de faire du comte Gruau un pontife de sa religion nouvelle. Il est pénible de constater que les archanges se prodiguent ainsi. Ils devraient prendre des renseignements.

Maintenant ayez le coeur bien accroché, nous allons revenir aux visions, apparitions et extases de la galaxie survivantiste. En plus de ne pas être catholique, Naundorff fonda sa propre Eglise : « L’oeuvre de la Miséricorde » ; Le pontife fut Vintras et les anciens adeptes d’une secte : la société de Saint Jean-Baptiste.

Le précurseur et la Société de Saint Jean Baptiste

En 1772 un nommé Loiseaut, obscur gnostique, demeurant à Saint-Mandé, recevait la visite fréquente de saint Jean Baptiste. Autour de lui s’était groupé une association de personnes sous le nom de Société de saint Jean Baptiste, qui recueillait chaque jour les avertissements du Précurseur. Après dix ans de prophéties, Loiseau mourut. Un prêtre continua quelque temps après lui jusqu’au jour où la femme d’un membre de la Société, Françoise André, reçut à son tour les faveurs du ciel, le jour de la Saint Louis, 25 août 1788. Soeur Françoise recevait des instructions d’un Précurseur qui apparaissait. Illetrée, Monsieur Ducy, transcrivait chaque jour les révélations sous la dictée de la voyante de 1788 à sa mort en 1803.

Après la mort de sœur Françoise, un autre membre de sa société, M. Legros, devint l’heureux bénéficiaire de la sollicitude de saint Jean-Baptiste. L’esprit lui commanda de bâtir une maison qui servirait de temple à la nouvelle Eglise, rue Basse-Saint-Pierre-au-Marais. Legros ajouta des dons surnaturels nouveaux à ceux prodigués à ses prédecesseurs. Il pouvait lire dans les âmes de ceux qui se présentaient à lui, et le prophète exerçait une sorte de ministère sacerdotal, c’est à dire récitant les prières liturgiques de la messe, moins la consécration ! De 1814 à 1816 M. Legros, sollicita et obtint un emploi dans la maison royale des fous de Charenton. Il s’y trouvait précisement lorsque le duc Decazes, ministre de la police, fit interner Thomas Martin de Gallardon. Ce paysan de la Beauce, qui brusquement illuminé par l’archange Raphael vint à Paris annoncé à Louis XVIII, que l’orphelin du Temple était vivant, et qu’il devait son ascencion au trône qu’à une véritable usurpation.

Legros et Gallardon étaient fait pour s’entendre. Legros y gagna d’ajouter à ses révélations l’annonce prochaine du rétablissement du prince légitime.

Marguerite-Thérèse des Isnards, née en Avignon, le 24 décembre 1759, et mariée à un sieur Bouche, vaticinait depuis le 12 septembre 1810, époque à laquelle elle avait reçu en l’église Saint-pierre d’Avignon des révélations à peu près semblables à celles de Loiseaut, de sœur Françoise André, et de Legros, nouveau gros bonnet de la secte. Madame Bouche prit le nom de sœur Salomé. Elle commenca par vouloir réunir en trinité le roi d’Espagne, Charles IV et la reine, sa femme, alors prisonniers à Marseille et le pape Pie VII, prisonnier à Savonne, selon un cérémonial prescrit surnaturellement et appelé trinité représentative. En septembre 1819, le tzar Alexandre de Russie, fortement impressionné par ses révélations, la fit venir à la cour de Russie. Elle tenta de le convertir et affimera plus tard son rôle dans les démarches auprès de l’empereur pour instaurer une alliance européenne sur des « bases révélés ». Mais, supplantée à la cour par la baronne de Krudener (elle aussi liée à cette société secrète), elle revint à Paris en 1821. C’est alors qu’elle s’affilie à la Société de Saint Jean-Baptiste et fonda une autre petite association, à trois personnes dite : « les trois Marie de l’Evangile ». Elle-même prit le nom définitif de sœur Marie-Salomé, tandis que ses deux acolytes, une dame Mauduit prenait le nom de Marie-Marthe et la comtesse de Serionne le nom de Marie-Madeleine.

Mais un jour l’esprit vint et lui dit « Repose-toi, un autre va succéder à ce même ministère ». Legros mourut en 1831, la société déclinait. Mais un membre actif qui connaissait bien Madame Bouche devint bientôt la tête de la future organisation. Il fallait réagir, et Ferdinand Geoffroi fut cette personne. Il connaissait bien Mme Bouche et bien sûr un riche protecteur en la personne de son ancien employeur, le baron de Razac, ancien secrétaire à la maison des pages de Charles X.

Naundorff n’est pas catholique

Revenons à notre faux dauphin. L’imposteur n’a même pas été baptisé. C’est par hypocrisie et jonglerie que l’ex-horloger prussien se dit catholique, tandis que réellement il était protestant de confession luthérienne selon sa déclaration portée sur le registre des mariages du Temple Nicolas de Spandau. Le faux dauphin n’a jamais abjuré le protestantisme.

D’après un petit livre bien à charge, une bombe historique, Naundorff Ier n’était pas catholique, réalisé par Victor de Stenay, un ancien partisan d’un autre faux dauphin Richemont, le 28 août 1833, Naundorff fit mine d’être catholique fervent et déclara à l’abbé Appert, curé de Saint-Arnoult-Dourdan (Seine et Oise), qu’il n’avait pas fait sa première communion. Le naïf curé la lui fit faire dans son église dans le mois de novembre 1833 et Monseigneur Blanquart de Bailleul conféra en secret le sacrement de confirmation à Naundorff dans la chapelle de l’évêché de Versailles. Mme de Saint Hilaire toute fière d’avoir trouvé l’Almanach de Versailles, va en plus lui offrir un chapelet et diverses médailles qu’il portera à son cou pour plaire à cette ancienne femme de chambre de Madame Victoire. Naundorff doit aussi rencontrer Thomas Martin de Gallardon, Madame Bouche s’en charge.

Dès 1834, Monseigneur Blanquart de Bailleul devient méfiant, et défend au curé de Saint-Arnoult d’administrer aucun sacrement au soit-disant duc de Normandie. Même défense à tous les prêtres des diocèses de Versailles et de Chartres, atttendu que ceux-ci avaient reconnu que Naundorff n’était qu’un hérétique allemand, qui se couvrait du manteau de la religion catholique pour mieux battre monnaie et gober les naïfs.

Le Rapprochement avec Vintras

En 1839, Naundorff se fit définitivement hérésiarque et se posa en nouveau Messie, réformateur de l’Église catholique. En 1841, il fit imprimer son livre Salomon le Sage, fils de David ; sa renaissance sur cette terre et Révélation Céleste. Il y déclare que Salomon existe dans sa personne et il traite des renaissances inférieures, des incarnations angéliques et des correspondances célestes. Puis il trouva bon de supprimer l’enfer pour mieux autoriser sa vie de débauches.

Il se rapprocha d’Eugène Vintras. Né à Bayeux, le 7 avril 1807, après une enfance difficile, Vintras devient marchand colporteur, mais ne parvient à en vivre. En janvier 1833 il est condamné à quinze jours de prison par le tribunal correctionnel de Bayeux pour avoir tenté d’échapper aux effets d’une saisie de ses biens par un de ses créanciers. A sa sortie de prison, il ouvre un café à Bayeux et est aussi proxénète. Il quitte Bayeux pour Paris où il fréquente un ex-détenu, Le Masson, et emporte l’argent volé à Le Masson puis revient à Caen. Embauché par un certain Guilbert, marchand de vins, il est vite mis à la porte pour vol et devient directeur d’un moulin à papier à Tilly sur seulles en 1839. C’est là qu’il deviendra le prophète.

Vintras déclare au mois de novembre 1839 que Saint Joseph lui est apparu dans l’église de Tilly. Geoffroy lui se fait appeler dans l’association « frère Jean » et les deux compères finissent par s’attacher les faveurs du baron de Razac, quelques prêtres locaux et surtout toute le haut du pavé naundorffiste. Déjà le gourou prédisait le grand monarque à venir ; ce grand monarque fut naturellement Naundorff.

Geoffroi « père », véritable gourou des survivantistes en 1831 au sein de la société Saint Jean Baptiste, anciennement notaire à Poitiers, se rendit coupable d’abus de confiance et fut condamné en 1824 à deux mois d’emprisonnement. (voir la nouvelle secte dévoilée par M. l’abbé Bouix, 1849). Geoffroy va quitter le notariat, rencontre le baron de Razac, qui était alors sous gouverneur des pages de la maison de Charles X et le placa en qualité d’agent comptable des pages. La révolution de 1830 lui fit perdre son emploi, et s’en alla dans les Deux-Sèvres , devint propagandiste et collecteur de Naundorff. Poursuivi en 1837, il fut expulsé des Deux-Sèvres, et il vint à Caen où il ouvrit un cabinet d’affaires et connut Vintras. Geoffroy vit venir ensuite le baron de Razac et acheta pour lui la terre et le château de Fosse, près de Saint Sylvain. Puis en 1839, le moulin de papier de Vintras est acheté avec l’argent d’un ami de Geoffroy, le docteur Liégeard de Caen.

Il fallait cependant trouver une origine divine à tout cela, et Geoffroy se mit à inventer qu’un vieillard mendiant, rien moins que Saint Michel en personne, aurait laissé un beau matin à Vintras en même temps que l’aumône qu’il aurait reçue une lettre écrite dix mois auparavant de concert avec M. de M.-F. De Caen, au prétendu Louis XVII, et qu’il avait mise à l’adresse de ce personnage à Londres, pour l’engager à se convertir. Vintras eut encore d’autres visions à Tilly, Caen, et à l’église Saint Pierre de Caen.

Le 17 mai 1840 Naundorff et les douze apôtres de sa petite église lançaient un manifeste religieux rempli d’insanités blasphématoires. Vintras se dit prophète inspiré de Dieu pour préparer l’avènement prochain d’une nouvelle société chrétienne. La secte se donne un nom « L’oeuvre de la Miséricorde ». Déjà Liégard à Caen avait adopté l’oeuvre, le baron de Razac y consacra sa personne et son château qui, sous le nom mystique de Tente, devint la succursale de l’usine aux miracles de Tilly.

Les fondateurs de l’Oeuvre créèrent, sous le nom de septaines, des centres d’action correspondant les uns avec les autres, à Nancy, Avignon, Carpentras, Lyon, Poitiers, Angers, Paris, au Mans et à Tours. Ces septaines se composaient chacune de sept individus, les gros bonnets de l’association. Une seule avait un plus grand nombre de membres, c’était la septaine sacrée, dont le siège était à Tilly-sur-Seulles. Elle primait sur toutes les autres, avait pour objet de maintenir l’unité d’action, et de prévenir tout schisme dans l’oeuvre. Elle avait à cet effet le don de l’infaillibilité ; ses décisions devenaient actes de foi. Cette septaine se composait de :

– L’abbé Charvoz (Aménéraël), curé de Mont-Louis au diocèse de Tours, président, auquel on promettait la mître.

– Liégeard (Askmanoroël), docteur-médecin, vice-président ;

– Vintras (Stkrathanaöel), qui après son apparition de Saint Joseph, montra un médaillon suspendu à un ruban bleu, qui lui avait été apporté la nuit par la Sainte Vierge. Vintras arbore aussi en guise de symbole la croix de Grâce.

– Geoffroy père (le frère Jean)

– L’abbé Maréchal, de Versailles (Ruthmaël), auquel le prophète promettait le chapeau de cardinal, aussitôt que Naundorff serait remonté sur le trône.

– Bérard, de Pont-Lieu (Athzeraël), avocat du barreau de Paris.

– Cravoisier, dentiste à Caen, qui attesta la prétendue authenticité des hosties sanglantes.

– Hébert (Thoméraël), tourneur à Caen.

– Lemeneur fils (Stridoël), président des archanges (sans être archange).

– Mme Mauduit, de Paris (la patriarche sœur Marthe), déjà vu dans la Société Saint Jean Baptiste.

– Lemeneur père, membre suppléant.

Les membres des septaines et tous les adeptes avaient leurs nom d’anges, que Saint Joseph aurait révélé à Vintras qui les faisait connaître à ceux qui le désiraient. Au dessus de cette septaine, se trouvait une sorte de haute junte dont elle formait le conseil, et qui se composait de Vintras, de Geoffroy père et de Geoffroy fils.

La condamnation

Le 8 novembre 1841, par une circulaire adressée à tous les prêtres du diocèse, Monseigneur Robin, évêque de Bayeux condamne cette religion la jugeant illégitime.

Le 20 Août 1842, c’est au tour de la justice de s’occuper de Vintras. Le tribunal de Caen condamne Vintras à cinq ans de prison pour abus de confiance et Geoffroy à deux ans de prison, en escroquant de coquettes sommes à leurs disciples.

En 1843, par un bref du 8 novembre, adressé à Monseigneur Robin, évêque de Bayeux, le souverain pontife Grégoire XVI condamne les sectes de Vintras et de Naundorff, « cet homme perdu qui se vante faussement d’être le duc de Normandie, et qui après s’être séparé de l’Église catholique, en méprisant l’autorité du Saint-Siège apostolique, persévère dans ses abominations et ses doctrines perverses ; professe et soutient de diverses manières et avec des raisons différentes les mêmes erreurs, les mêmes sentiments et les mêmes desseins que cette exécrable Association (de Vintras) ; tend au troupeau du Christ les mêmes embûches ténébreuses et veut l’infester de la même contagion ». A ceci près que Naundorff ne s’est jamais « séparé de l’Église catholique » car il n’en a jamais fait partie, la cour de Rome n’a pas été suffisamment bien informée.

En 1845, le 10 août, Naundorff mourut à Delft, aux Pays-Bas, en hérétique et en pécheur impénitent disant même «  Ah ! Qu’il est triste de mourir quand la conscience n’est pas tranquille ! ». Naundorff fut enterré civilement au cimetière prostestant de Delft.

Le Fondateur Vintras fut libéré en 1846, puis un concile synodal eu lieu à Paris en 1849, ainsi qu’un concile provincial à Rouen en 1851 sur l’affaire Vintras. Des circulaires de Mgr Dupanloup à son clergé furent suivies la même année d’un nouveau bref du pape Pie IX à l’évêque de Nancy, Mgr Menjaud. Condamnation réitérée par le pape Pie IX en 1851 pour avoir en particulier « annoncé dans l’Église de Jésus-Christ un troisième règne qu’ils osent appeler règne du Saint-Esprit ».

Schismes et scandales intérieurs donnèrent prise à des représailles publiques et la dissolution de l’Oeuvre fut prononcée en 1852.

Les derniers voyages de Vintras

Nous sommes maintenant sous le Second Empire et Napoléon III va agir. Le 17 mars 1852, au petit jour, le juge de paix et le commissaire de Caen se présentent à la porte de la septaine sacrée. Vintras, qui a été prévenu, s’enfuit en Belgique. Son fils, plusieurs pontifes et la comtesse d’Armaillé sont arrêtés.

Passé à l’étranger, Vintras veut donner un nouvel essor à « l’Oeuvre ». A Londres, il fonde un carmel et se lance avec ferveur dans la consultation des tables tournantes. Antoine Madrolle, surnommé le fou littéraire, après une longue correspondance avec le gourou, lui rendit visite et vit ces tours de magie ce qui lui inspira un ouvrage : l’Esprit Saint des tables animées. En 1858, entouré de ses fidèles, gagnés à l’occultisme, il ouvre en grande pompe avec le soutien du gouvernement anglais une université et une chapelle éliaque. Le gourou se déplace un peu partout, revient clandestinement en France, en Espagne et fonde en 1867 à Florence le carmel blanc, théâtre aussitôt de phénomènes surnaturels et extraordinaires.

L’origine légendaire

Un curieux manuscrit est retrouvé, daté du carmel blanc de Florence, du 6 novembre 1873. Ce manuscrit prétend donner une origine légendaire à la secte de Loiseaut. Ce manuscrit semble être un faux fabriqué par Vintras, mais la notice publié dans un journal occulte permettra de bien préciser l’origine des sectes survivantistes : la gnose.

Saint Jean occupe une place particulière dans l’imaginaire gnostique. En effet, proche du Seigneur, il aurait été un témoin privilégié d’un prétendu enseignement christique secret réservé à une aristocratie spirituelle : les gnostiques, les connaissants.

Or selon ce manuscrit, Il existait à Florence, en plein Moyen-Age, une secte connue sous le nom Blancs, qui suivant l’historien Thierry de Niem mort en 1417, avait été fondée par un Ecossais Elie, annonçant le Règne de l’Esprit , faisant suer, pleurer et saigner les crucifix, et finalement se livrait, avec ses disciples, aux pires turpitudes. Ces blancs étaient organisés en société secrète. On les nommait encore Buche (trous) à cause des lieux souterrains où ils tenaient leurs réunions. Dès 1419, la république de Florence, se sentant menacée par eux, voulut fermer ces « trous » sans y parvenir complètement et ce fut en vain que, plus tard, Clément VII et Charles-Quint s’obstinèrent dans le même dessein.

La notice parle d’une secte encore présente en 1785, en Toscane, résistant aux persécutions du Grand-Duc Léopold et lié à la secte de Loiseaut. Cette secte n’a jamais pu être identifié. Vintras voulait peut-être après la fondation de son carmel de Florence, la situer dans une origine historique plus ancienne.

L’initiateur de ce mouvement des blancs, est bien Montan, célèbre illuminé du 2ème siècle, qui prêchait l’avènement de Paraclet et l’établissement de la Jérusalem Céleste sur la terre, base primitive de la fameuse doctrine connue sous le nom d’Evangile Eternel, propagée, au 12ème siècle, par Joachim de Flore, un des continuateurs du prophète Alcibiade, ami et compagnon de Montan.

La notice parle de l’Apocalypse de Saint-Jean, qui nous montre le trône de l’Agneau entouré d’hommes blancs, et dont la Franc-Maconnerie a formé les Chevaliers de l’Apocalypse …

Citons le manuscrit « Tous ces Immaculati étaient les parfaits de la Gnose, les purs, qui avaient abandonné « le chemin large de la Grande-Ourse conduisant à la perdition, pour suivre celui, plus étroit, de l’Etoile Polaire, la queue de la Petite-Ourse, qui guidait autrefois les Sidoniens dans leur navigation, les faisait sortir d’Egypte et franchir la Mer Rouge pour les mener au bon port, ou au Logos, en qui est le Salut. » Rien que ça !!!!!

Montan se donnait pour le disciple des anciens prophètes institués par Elie le Thelbite sur le mont Carmel et se prédisait des successeurs jusqu’à la fin des Temps.

Mais le Carmel de Florence ne suffisait pas, Vintras pensa installer aussi un carmel à Lyon, qui était alors la capitale mondiale de l’occultisme et devait devenir pour cet hérésiarque, la capitale du vintrasisme initiatique. C’est là qu’il mourut en 1875.

Les successeurs

A sa mort sa succession fut revendiquée par l’abbé défroqué Boullan (condamné pour satanisme) qui deviendra un inspirateur de Huysmans. Un autre courant via Léopold Baillard, surnommé le pontife d’adoration, atteindra Barrès. Un autre enfin par Vercruysses et Tardif de Moidrey a influencé Léon Bloy.

Prenons l’exemple de Bloy. On a voulu trouver dans Bloy un anticléricalisme avec un soubassement révolutionnaire, et c’est entièrement faux. L’écrivain a subi l’influence de René Tardif de Moidrey, qui après avoir été aumonier militaire pendant la guerre de 1870, devint un prédicateur rallié à la cause survivantiste. Ainsi on assiste à une véritable relecture gnostique des visions de Marguerite-Marie Alacoque par le Hieron de Paray-le-Monial (Sarachaga fondateur du musée du Hiéron, fut en contact avec les milieux naundorffistes par ses grands parents russes lobanof de rostov, lors de son enfance), la réinterprétation de l’histoire de la grotte de Bernadette par Grillot de Givry dans Lourdes-ville initiatique ou les variations sur le secret de La Salette par Léon Bloy et Tardif de Moidrey. Dans son livre, le fils de Louis XVI, Léon Bloy n’hésite plus et récuse le bref pontifical qui condamnait Naundorff, prétendu duc de Normandie, ainsi selon Bloy « la valetaille des assassins s’est tant prévalue n’a rien à voir, avec l’infaillibilité du Souverain Pontife, lequel s’en est expliqué avec son juge à son lit de mort il y a plus d’un demi-siècle ». Le secret de Mélanie, la voyante de La Salette, fut considéré par son dépositaire comme étant d’une importance inouïe. Il parle ouvertement d’un secret inoui, effroyable, dixit à « déconcerter l’équilibre des constellations et de l’entendement des cieux. ». Bloy respire le post-vintrasisme quand il parle du « précurseur du Saint-Esprit » ou mieux encore son « désir soudain et brûlant et dévorant du Troisième Règne s’est emparé de moi et a changé absolument mon point de vue… ». Inutile d’aller plus loin, les survivantistes du début du siècle ont trouvé leur porte-parole pour déformer le message de La Salette.

Bloy s’en prend aussi au clergé dans son livre Désespéré et aligne de multiples noms de clercs qui furent courageux dans leur lutte contre les Révolutionnaires. Ils sont nombreux à être mis au piloris : « Infiniment au-dessous ce ce prélat (Mgr Dupanloup) resplendissant comme elles peuvent, des améthystes inférieures, et des subalternes crosses : les Landriot, les Gerbet, les Ségur, les Mermillod, les la Bouillerie, les Freppel, infertiles époux de leurs églises particulières et glaireux amants d’une muse en fraise de veau qui leur partage ses faveurs. Puis des soutaniers sans nombre : les Gaume, les Gratry, les Pereyve, les Chocarne, les Martin, les Huguet, les Norlieu, les Doucet, les Perdrau, les Crampon, tout un fourmillement noir sur la rhétorique décomposée des siècles défunts. On peut en empiler cinquante mille de ces cerveaux, et faire l’addition. Le total ne fournira pas l’habillemement complet d’une pauvre idée. » Il n’hésite pas nom plus à s’en prendre au Pape et l’appelle « Pilate XV » (le pape Benoit XV). Honteux !

Passons aux frères Baillard. Léopold, ancien curé de Flavigny, et son frère François curé de Lupcourt, ont constaté et déploré l’abandon du sanctuaire de Notre-Dame de Sion, jadis haut lieu de pélérinage. Ils parviennent à acquérir les vieux bâtiments pour y installer une école primaire, une école normale de frères instituteurs et une maison de retraite. L’établissement sur la colline affiche une apparente prospérité et l’évêché de Nancy s’inquiète de la gestion des revenus des quêtes. La révolution de 1848 aggrave la situation. La vente du domaine fait scandale car les frères associent à la vente les revenus du pèlerinage et les reliques de la patronne de l’Alsace. L’évêque de Strasbourg jette l’interdit sur l’église. Les frères, le 15 juillet 1849, reconnaissent leurs torts et Léopold se rend en retraite pendant huit jours à la chartreuse de Bosserville. C’est là qu’il entend parler d’Eugène Vintras. En juin 1850, les trois frères Baillard se rendent à Tilly et sont reçus au cénacle ! François termine sa vie paisiblement à Saxon. Léopold reste cinq ans à Londres dans un cercle prophétique vintrasien. Ayant pris connaissance de la secte, l’évêque de Nancy leur retire leur pouvoir ecclésiastique. Le pélérinage vintrasien sur la colline de Sion vient de naître… Maurice Barrès en parlera sans son livre « La colline inspirée » (1913) et évoquera ces croix de grâce que Vintras avait distribuées à foison. Ainsi quand l’oblat tira de sa poche le fameux objet il dira : « Là, Satan s’est trahi. C’est lui qui par l’intermédiaire de Vintras a imaginé cette petite croix de grâce, une croix sans Christ, notez-le bien, Monsieur le Curé, pour remplacer notre crucifix. ».

Conclusion

Naundorff a été démasqué comme faussaire, escroc et surtout hérétique. Autour de lui a gravité des faussaires, des escrocs et des illuminés condamnés par l’Église à de nombreuses reprises.

La secte gnostique du faux dauphin a connu deux phases, la première avant l’arrivée du faux dauphin au sein de la société Saint Jean Baptiste (1772-1832) poursuivi par l’Oeuvre de la Miséricorde, et les successeurs de Vintras dont certains sont tombés dans le satanisme…

Contre tout libéralisme religieux ou politique, la légitimité est aujourd’hui le seul recours. On ne murmure pas contre la Providence. Un royaliste se doit d’être fidèle à l’Église et dévoué dans son combat au successeur de la Maison Royale de Bourbon, notre roi, Louis XX.

BIBLIOGRAPHIE

parmi l’importante bibliographie sur le sujet, il nous a paru important de citer en particulier :

– Trois exemples de la méthode Naundorffiste, François Laurentie (1912)

– Les Faux Louis XVII : le roman de Naundorff et la vie de Carl Werg par Georges de Manteyer (1926) – 2 volumes, 1276 pages !

– Mémoire écrit par Marie Thérèse Charlotte de France sur la captivité des Princes et Princesses ses parens depuis le 10 Août 1792 jusqu’à la mort de son Frère, Juin 1795 – Paris, Editions Historiques (1923)

– Vintras, hérésiarque et prophète par Maurice Garçon (1928)

– L’Oeuvre de la Miséricorde, ou la nouvelle secte dévoilée, par M. l’abbé Bouix (1849)

– Les supercheries littéraires dévoilées, par Querard

– Histoire de la Magie par Eliphas Lévi

– L’ésotérisme chrétien en France au XIXème siècle par Jean Pierre Laurant (1992)

– Une bombe historique, Naundorff Ier n’était pas catholique, Victor de Stenay (1892)

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