Les droits de La Maison d’Anjou (1885)

 

Le propos de cet article est de commenter le petit livre paru en 1885 : « Mémoire sur les droits de la Maison d’Anjou à la Couronne de France » et aussi deux lettres manuscrites exceptionnelles, véritable découverte, adressées par Monsieur Henri Frémaux de lille à Monsieur Perrin, responsable en bretagne des pèlerinages légitimistes. La première lettre est datée du 2 mai 1897 et l’autre du 8 mai de la même année.

La première lettre du 2 Mai 1897

L’auteur du livre n’est pas Monsieur Deryssel comme l’indique la première lettre « en réponse à votre lettre du 26 avril, je vous dirai que Mr Gustave Théry, ancien bâtonnier, est véritablement l’auteur du mémoire sur les droits de la maison d’Anjou à la couronne de France : seulement Mr Théry n’aimerait pas que vous fassiez connaître son nom dans une publication vous pouvez parler de ma confidence à quelques amis de choix qui en vallent la peine, mais jamais dans une conférence. » La lettre de plus donne une information capitale : « Vous pouvez dire à tout le monde que Madame la Comtesse de Chambord a payé les frais d’impression de cette brochure ». Enfin sur la première page de titre, de cet exemplaire si intéressant, est mentionné l’écriture manuscrite de l’auteur, qui a finalement envoyé l’exemplaire qu’il possédait : « les frais d’impression ont été payés par Mme la Ctesse de Chambord (v. Journal de Paris, 4 décembre 1887) », bienheureuse nouvelle pour les défenseurs légitimes de la Royauté.

Henri Frémaux parle ensuite du Comte Urbain de Maillé, qu’il dit : « représentant de Monseigneur le duc de Madrid pour la France ». Le Comte de Maillé fut très actif dès 1894, pour soutenir les Bourbons, ces discours sont reproduits dans de nombreux opuscules qui furent imprimés chaque année lors du pèlerinage de Sainte Anne d’Auray. Il est président du conseil central des légitimistes et mentionné ainsi dès 1894 dans The Legitimist Calendar (en 1894, ce journal défend à la fois la succession jacobite Stuart au trône de Grande-Bretagne, mais de même soutient les carlistes et les royalistes français). D’ailleurs la première édition, de cet opuscule bien rare, ayant appartenu à Monsieur Perrin, donne aussi « the legitimate rulers of the world » et cite cette belle phrase de Maistre : « Le véritable danger est dans les fausses dynasties » ou encore : « Nulle nation ne peut se donner la liberté si elle ne l’a pas ». On retrouve donc à France & Navarre : « Charles XI », depuis 1887 année du décès de Jean III.

Dans le Figaro du 4 juillet 1895, les royalistes français étaient heureux d’annoncer la remise du cœur du Roi Louis XVII, « en juin dernier par M. Edouard Dumont aux représentants de Monsieur le duc de Madrid ». On retrouve dans la liste Monsieur Frémaux ainsi que Monsieur Perrin. Dès qu’il a été mis en possession du vase, contenant le cœur de l’enfant-roi mort au Temple, Monsieur le duc de Madrid a fait parvenir à M. le comte Urbain de Maillé, son représentant à Paris, la dépêche suivante :

« Venise, 3h 45, M.M. Pascal et Marichalar viennent de me remettre le cœur du roi Louis XVII comme héritier salique de l’infortuné et auguste martyr, En déposant dans ma chapelle cette précieuse relique, j’éprouve le besoin de vous remercier encore vous, monsieur Dumont, et tous ceux qui ont contribué à la conserver et à me la faire parvenir. Ma Femme et mon fils, présents à l’acte, se joignent à moi pour vous exprimer les mêmes sentiments. Carlos ».

Revenons à notre lettre manuscrite, le Comte de Maillé, infatigable défenseur des Légitimistes souhaitait organiser un grand banquet légitimiste : « comme à l’époque du Journal de Paris, et que cette manifestation ferait grand bien à la cause de l’Auguste Chef de la branche aînée des Bourbons ». Monsieur Frémaux fait ici référence à ce grand banquet qui fut organisé par le Comte Maurice d’Andigné, en juillet 1885 (voir notre article précédent sur la mort d’Henri V).

La dernière partie de cette lettre fait référence à la réunion légitimiste qui a eu lieu à Reims le 4 octobre 1896 : « et dont l’avant-garde de l’Ouest a rendu compte » (journal des légitimistes bretons, à Dol). Mais que s’est-il donc passé à Reims ? Nous reproduisons donc dans cette article la merveilleuse lettre aussi du successeur salique et légitime héritier de Clovis par droit de primogéniture à son représentant M. Le comte Urbain de Maillé, à l’occasion de ce merveilleux anniversaire. (Mentionné dans les justificatifs de l’ouvrage Le Prince de Valori réfuté par lui-même, donc nous parlerons à notre prochain article).

Voici des extraits en plus de l’image de la déclaration que nous joignons à l’article :

« Mon Cher comte, C’est avec autant d’émotion que de reconnaissance que j’ai lu l’éloquente Lettre adressée par Sa Sainteté le Pape Léon XIII, au cardinal Langénieux, archevêque de Reims, la ville où se faisaient sacrer les Rois de France, mes aïeux. En accordant à la France la faveur unique d’un jubilé national pour célébrer le quatorzième centenaire de la conversion des Francs et du baptême de Clovis par saint Rémi, le souverain Pontife daigne employer des mots qui m’ont profondément touché. CHEF DE LA MAISON DE BOURBON ET L’AINE DE SES PRINCES, je ne puis qu’être ému des appels du Saint-Père aux français pour qu’ils s’unissent dans la vérité et la justice, et qu’ils se persuadent que l’OUBLI DES PRINCIPES qui ont fait leur grandeur les conduirait à la décadence. »

« Ces solennelles paroles, et le rappel à la loi salique, BASE DE MES DROITS, me vont au cœur et sont une précieuse récompense pour mon immuable persévérance à défendre les mêmes idées. FILS AINE DE L’EGLISE, comme SUCCESSEUR de Clovis, et de Saint Louis, de Louis XIV et de Henri V, je remercie filialement le Vicaire du Christ de l’hommage rendu par Lui au glorieux passé du peuple français ».

La deuxième lettre du 8 Mai 1897

Venons-en désormais à la deuxième lettre plus politique. Monsieur Frémaux encourage à Monsieur Perrin de faire connaître ce livre fondateur des droits des Bourbon-Anjou au trône de France après la mort du Comte de Chambord. Cette lettre donne d’utiles renseignements sur le Journal de Paris, organe légitimiste « soutenu par le Comte Maurice d’Andigné ». Le Journal fut subventionné par lui pendant huit années (10.000 francs par an), et malgré tout, tous les protecteurs n’étaient pas très efficaces. Monsieur Frémaux se plaint ensuite du ralliement d’Andigné à la république : « comment est-il passé à la république catholique qui laisse si peu d’avenir de succès ?? Est-ce à cause de ses idées de parlementarisme ?? ». Cette dernière question est très utile pour comprendre la pensée politique des soutiens royalistes de Charles XI, ils n’étaient pas libéraux et ne souhaitait nullement une monarchie constitutionnelle dont voici la conséquence : « qui ont amené la ruine de l’autorité du Roi ». Cette lettre montre la difficulté pour ces légitimistes de se faire entendre mais permet bien de comprendre que les fidèles soutiens de la Cause, étaient encore bien implantés dans les provinces de France.

Première lettre, première page

Première lettre Deuxième page

Deuxième lettre, première page

Deuxième lettre, deuxième page

Le mémoire de Gustave Théry

Le livre est divisé en plusieurs chapitres : le roi légitime, la loi salique avec généalogie des Bourbons, la renonciation de Philippe V, l’abdication de Philippe V, le traité d’Utrecht, la perte de la qualité de français, et diverses objections.

Le Roi légitime à la mort du comte de Chambord, n’était pas un Orléans. En visant à l’union des fidèles restés attachés aux Bourbons en exil et des anciens soutiens de la Monarchie de Juillet, la Fusion, avait laissé de côté la question héréditaire : « Travaillons, disaient les royalistes, à ramener le Roi ; la question héréditaire se résoudra plus tard. » Ainsi les plus nombreux et les moins fidèles comptant « orléanistes et catholiques libéraux qui, depuis treize ans, avec une impatience mal dissimulée, attendaient la mort du Roi, se sont empressés, avant même que les derniers honneurs eussent été rendus au royal défunt de s’écrier : le comte de Paris est l’héritier ; ses droits sont incontestables. » L’Auteur avoue bien que la question de l’hérédité méritait qu’on s’y attache et va nous donner de bons arguments pour soutenir les droits des Bourbon-Anjou.

Le Roi légitime, a un pouvoir « qui lui vient de Dieu ». Ce Droit implique « chez tous les autres un devoir consistant à respecter ce droit ». Ainsi est le devoir de tout bon catholique français, de reconnaître les droits de l’héritier salique du trône de France.

En France, La loi salique est le socle « de la transmission du pouvoir souverain ». L’auteur justifie ainsi que depuis Hugues Capet, l’héritier a « toujours été le premier agnat, c’est-à-dire l’aîné des parents du Roi défunt, par les mâles, dans la branche la plus proche. » Cette règle est la base fondamentale de la monarchie française. L’Auteur a reproduit dans son opuscule, la généalogie des Bourbons, et montre bien que les Orléans sont des cadets, par rapport aux Bourbon-Anjou venant après les Bourbon-Bourgogne dont Henri V fut le dernier représentant. La question est donc posée : Qui était donc le premier agnat d’Henri V ? Les membres de la Maison d’Anjou sont donc plus proches parents d’Henri V que ceux de la Maison d’Orléans et le premier agnat d’Henri V est Don Juan de Bourbon (Jean III).

L’auteur en vient à la renonciation de Philippe V. Ainsi « ceux qui invoquent le traité d’Utrecht visent donc sous ce nom, probablement à leur insu, deux actes absolument différents par les parties en cause, par leur nature et aussi, par les principes de droit qui les régissent ». L’auteur souhaite diviser la question : d’abord l’abdication en elle-même, puis le traité censé y mettre un obstacle. L’abdication du duc d’anjou selon l’auteur éteignait son droit personnel de succéder à la couronne de France, mais le duc ne pouvait s’engager pour ses descendants vivants ou à naître, car on ne peut stipuler que pour soi-même. Puis le deuxième principe : Nemo dat quod nonhabet : on ne peut transmettre plus de droit qu’on ne possède. A ce propos relevons, l’envoyé du duc d’Orléans, Bellomayre, auprès d’Alphonse-Charles de Bourbon, du duc de Madrid et enfin de son père, à chaque fois éconduit. La tentative orléaniste de 1883 d’arracher une deuxième renonciation est raconté dans le superbe ouvrage écrit par Joseph du Bourg en 1910 : « Les Entrevues des Princes à Frohsdorf 1873 et 1883, la Vérité et la Légende » soigneusement imprimé par notre cher Perrin. L’auteur conclut qu’en France, le Roi tient son droit de la loi salique et non de la volonté de son prédécesseur. Le Roi régnant « reçoit la couronne jure sanguinitatis, et par la seule force de la loi. » L’auteur cite abondamment Torcy, fidèle gardien de la Tradition monarchique, quant à l’enregistrement au Parlement, il est vu déjà par Torcy, comme nul. L’expédient est ainsi proposé pour mettre un terme à une longue guerre entre l’Angleterre et la France et ainsi conclure la paix. L’auteur rajoute : « Lorsque le Parlement enregistra les lettres patentes de Louis XIV, le chancelier Pontchartrain, dit Duclos, n’ayant point eu ordre du Roi d’y aller, ne fut pas fâché de s’en dispenser sachant mieux que personne la valeur de cette cérémonie. ». La loi du Royaume est ainsi tout autre que les lois du Roi. La conclusion est tonitruante : « L’abdication de

Le Fameux exemplaire de Gustave Théry envoyé par Monsieur Frémaux à Monsieur Perrin

Philippe V ne saurait empêcher actuellement un de ses descendants de monter sur le trône de France. ».

Monsieur Théry en vient alors au Traité d’Utrecht. Est-ce un obstacle ? L’auteur met très justement en lumière une citation extraite du Dalloz : « Toujours et partout on a considéré l’état de guerre comme abrogeant sans retour les traités proprement dits dans leurs effets politiques. » « La guerre terminée, les relations des belligérants sont pour l’avenir réglées par un nouveau traité. Il a même généralement admis que la guerre a aussi pour effet d’annuler les traités de bonne amitié et de commerce conclus précédemment » (article 11, du traité de Francfort, du 10 mai 1871). La conclusion est donc sans appel : le traité d’Utrecht a donc été abrogé sans retour. La situation internationale s’est par ailleurs grandement modifiée :

  • Les délimitations entre les territoires de la baie d’Hudson et les possessions françaises de la compagnie du Québec n’existent plus 60 ans plus tard quand l’Angleterre s’empare du Canada.
  • Le traité stipule que les fortifications de Dunkerque seraient rasées, le port comblé, les écluses de chasse ruinées et que lesdites fortifications, ports et écluses ne pourraient être rétablis, les fortifications de Dunkerque existaient encore 15 ans avant la rédaction de cet ouvrage.

Abordons ensuite l’argument orléaniste de la perte de la qualité de français : « Les membres de la Maison d’Anjou sont devenus étrangers ». L’auteur ne se prive pas de ce commentaire parfaitement juste : « Cette objection est l’une des moins sérieuses et cependant l’une des plus dangereuses ». Car l’argument ne se trouve dans aucun texte, aucune coutume, et aucun usage et c’est là que les INVENTIONS des orléanistes pour jouer sur l’émotion du plus grand nombre est particulièrement inadmissible. L’auteur cite bien évidemment l’arrêt du 28 juin 1593 du parlement de Paris : « L’arrêt est d’autant plus remarquable qu’il oppose aux prétentions des princes et princesses étrangers les droits que la loi salique conférait à Henri IV, lequel précisément avait perdu la qualité de français ». La note de bas de page de l’ouvrage à princes et princesses étrangers mentionne bien entendu : l’infante d’Espagne, le duc de Lorraine pour son fils, et le duc de Mayenne, qui briguaient chacun la Couronne. Note ici manuscrite de la source : voir Histoire des Français par lavallée, Tome III, page 369 !

Enfin il est bien mentionné qu’Henri IV était né à Pau, c’est-à-dire à l’époque à l’étranger, d’un père qui avait perdu la qualité de français. On invoque alors qu’Henri IV était français parce que son père et lui possédaient des fiefs en France, alors l’auteur parle à juste titre des nombreuses possessions des Rois d’Angleterre en France, grands feudataires.

Il fallait en finir par chercher à faire parler Henri V mais le « Monsieur de Trop » décrit ainsi par les orléanistes, s’est toujours refusé à aucune manifestation officielle ou aucun acte public. Là encore, il faut lire l’ouvrage de Joseph du Bourg, fidèle appui de la Légitimité. Henri V avant de mourir, grand prince et bon chrétien, accepta de recevoir les princes d’Orléans. Il n’y eu aucune embrassade, aucun manifeste, ni aucune déclaration politique nous dit encore du Bourg. Les princes d’Orléans n’ont vu « qu’un vulgaire moyen d’étager leurs prétentions. »

L’auteur conclut à la difficulté de sa mission, un mouvement qui, à l’époque, semble impossible. Mais la providence a plus d’un tour dans son sac. Et aujourd’hui, plus que jamais, les chances d’une Restauration de notre Roi légitime, Louis XX, face à l’effondrement progressif de la république, la désintégration, l’émiettement du parti orléaniste, la disparition de l’Action Française, Oui La Restauration des Lys est possible !

Que les français d’aujourd’hui convaincus de l’échec de nos institutions actuelles, redécouvre donc Ceux qui ont bien parlé à la fin du XIXème siècle.

Bibliographie :

Mémoire sur les Droits de la Maison d’Anjou à la Couronne de France, par Gustave Théry, Imprimerie de Saint Paul à Fribourg (1885)

A Legitimist Kalendar For the Year of our Lord, par le Marquis de Ruvigny et Raineval (1894)

Le Prince de Valori réfuté par lui-même, réponse à la brochure François de Bourbon, Paris, Aux Bureaux de la librairie légitimiste (1896)

Les Entrevues des Princes à Frohsdorf 1873 et 1883 La Vérité et la légende, Perrin (1910)

L’échec de la Restauration Monarchique en 1873, par Arthur Loth (1910)