Le bicentenaire de la Restauration de la Statue d’Henri IV

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De la Statue d’Henri IV sur le Pont Neuf

« Ce que certains détruisent, d’autres le restaurent »

La destruction de la Statue par les Révolutionnaires

Juste après le coup d’état des Tuileries du 10 Août 1792, un décret de l’assemblée législative révolutionnaire ordonne la « destruction de tous les monuments du despotisme ».

Le 12 Août 1792, les bronzes furent arrachés du monument et le cavalier de bronze fut brisé en plusieurs morceaux. Certains furent fondus, d’autres jetés dans la Seine. En lieu et place d’Henri IV, les Révolutionnaires dressèrent les « Tables des Droits de l’Homme ».

On préserva les quatre figures de captifs et un certain nombre de débris de la statue royale : l’antérieur gauche du cheval, la botte gauche, la main gauche et le bras droit du cavalier, ainsi que la croix du Saint-Esprit qu’il avait sur la poitrine. Ces morceaux sont aujourd’hui exposés au musée Carnavalet. Quant aux captifs, ils furent envoyés au musée des Monuments français (dépôt des Petits-Augustins) et sont aujourd’hui au musée du Louvre.

Les quatre captifs avaient été réalisés par Pierre de Francqueville, sculpteur français ayant beaucoup œuvré en Italie, et élève de Jean de Bologne.

Après que la statue soit abattue, on dépose à l’Assemblée le procès-verbal de l’érection de la statue de Henri IV du 23 Août 1614. Le procès verbal est renfermé dans un étui de plomb rempli de poussière de charbon pour en assurer la conservation. Ce procès-verbal est signé de Pierre de Francqueville, Simon Moufle notaire au Châtelet de Paris et Louis Le Camus notaire et débute ainsi « A la très glorieuse et immortelle mémoire du très Auguste et Invincible Henry le Grand ».

On pensait en 1809 dresser un « obélisque au peuple français » pour commémorer la campagne d’Allemagne, en s’inspirant du style égyptien. L’architecte Fontaine aurait préféré une tour et le dit à napoléon, regrettant, en 1813 « l’image de Henri IV que des factieux dans leur délire ont fait abattre en 1793 ».

La Statue de plâtre

Durant la révolution, nombre de statues représentant des rois de France avaient été abattues. La Restauration s’employa à les relever ; mais, nulle autre ne donna lieu à un tel élan que la seconde statue équestre d’Henri IV sur le terre-plein du Pont-Neuf à Paris.

En 1814, le souvenir d’Henri IV domina tout. Lors de l’entrée de Louis XVIII à Paris, une statue de plâtre, imitée de celle qui avait été abattue en 1792, avait été dressée sur le Pont-Neuf par les soins de Bélanger.

Le 18 Avril 1814, une délibération du Conseil municipal se propose de rétablir de la statue du bon Roi. Sur pétition de la garde nationale, le conseil municipal de Paris avait, le 23 avril 1814, voté le rétablissement de la statue équestre d’Henri IV. Une souscription fut lancée : « La statue de ce bon roi est un monument populaire qu’il appartient au peuple d’élever, que ce sera un nouveau gage de son amour et de sa fidélité pour ses rois, que c’est surtout dans un moment où les augustes descendants de Henri IV viennent remonter sur le trône de leurs pères qu’il faut reproduire cette image si chère à la France. » Un comité de souscription fut formé autour du Marquis de Barbé Marbois, et dont Monsieur de la Salle, préfet de Haute Marne, fut d’abord secrétaire. Celui-ci s’empressa de choisir le Baron Lemot pour l’exécution de la Statue définitive.

C’est grâce à l’initiative de Bélanger qu’une statue de plâtre a été dressée sur le Pont-Neuf, le 3 mai 1814. La réalisation fut confiée au sculpteur Henri Victor Roguier. En quatre jours à peine, le sculpteur ébaucha son œuvre. Le piédestal avait été orné de deux inscriptions symboliques : « Tout périssait enfin lorsque Bourbon parut » et Ludovico reduce Henricus redivivus « Le retour de Louis fait revivre Henri ». L’image de ce même Henri IV présidait au dîner de l’Hôtel de Ville du 29 Août 1814.

L’arrivée du Roi Louis XVIII dans Paris fut spectaculaire. Bélanger a laissé des dessins illustrant cette entrée. Le cabinet des estampes de la Bibliothèque Nationale conserve une série de douze lavis représentant le Pont Neuf (4), la barrière Saint Denis (4), le Palais Royal (1), la place du Châtelet (1), la fontaine des Innocents (1), la rue des Prouvaires (1), ornés et décorés pour l’entrée du roi. Ainsi quand le roi rentra dans Paris le 3 Mai 1814 le cortège du souverain s’arrêta sur le Pont-Neuf, devant une statue en plâtre de son ancêtre.

Le Baron Lemot fut choisi par Bélanger pour réaliser la grande Statue Equestre. Le marché entre Lemot et le comité de souscription est passé le 3 janvier 1815 au prix de 337 870 francs. On connaît ainsi la liste des 7070 souscripteurs grâce au précieux volume de M. Lafolie cité plus loin.

Le baron Lemot commence par réaliser un petit modèle en s’inspirant de la médaille de Dupré et du buste en bronze du Louvre. Mais les bouleversements politiques continuent : retour de l’ile d’Elbe, fuite de Sa Majesté Louis XVIII. Le gouvernement des cents jours décide de surseoir et non pas de détruire la statue de plâtre toujours en place. Or Lemot a engagé des frais pour la confection des deux modèles, le petit et le grand.

Heureusement, Sa Majesté Louis XVIII revient à Paris le 8 juillet 1815. On chante autour de la statue de plâtre. Voici ce témoignage issu d’un rare petit chansonnier almanach « le lis et la violette » paru en 1816:

La Renaissance des Lis

Français ! quel est ce chevalier,

Du bon Henri portant l’armure ?

Sa main vous offre l’olivier,

Un simple lis est sa parure.

Ce noble et doux maintien,

Ce vif éclat qui l’environne,

Tout vous dit : voilà le soutien

De la France et de la couronne

Déjà j’entends répéter dans Paris

Vive le Roi ! vive Louis !

La Statue équestre

Des souscripteurs avaient demandé la fonte des quatre captifs de la statue de 1614 mais on se décida à utiliser d’autres débris : la statue de Desaix dressée en 1810 par Dejoux sur la place des Victoire, les aigles et les bas-reliefs du monument à la grande armée à Boulogne ainsi que le napoléon descendu de la colonne Vendôme. Les Restaurateurs étaient bien là pour conserver les restes de la statue du bon Roi Henri IV, Père de la Dynastie.

La Fonte à la cire perdue eut lieu à la Fonderie Saint Lazare par les soins de Piggiani, mouleur en chef au Louvre et de son gendre Jacquet. Elle fut réalisée devant la foule le 6 octobre 1817.

Pendant ce temps, on érigeait un piédestal. L’Académie des beaux-arts avait réclamé son déplacement avec cinq mètres de recul sur le terre-plein du Pont-Neuf, afin d’améliorer la perspective.

La pose de la première pierre eut lieu le 28 octobre 1817, l’inauguration le 25 Août 1818 en présence du Roi et l’on inclut dans la première pierre sept pièces d’or et d’argent datées de 1817, un médaillon à l’effigie de Louis XVIII et une plaque de bronze doré portant une inscription commémorative rédigée par l’Académie des inscriptions et belles-lettres. Le grand maître des Cérémonies de France écrit dans sa relation : « quelques jours avant la cérémonie je me rendis sur le terre-plein du Pont-Neuf avec M. de Saint Félix ». En sa présence, on procéda à une répétition de la cérémonie avec placement des troupes et arrivée du carrosse. De plus on remercia les souscripteurs en offrant une pièce commémorative. Sur l’avers on voit Sa Majesté Henri IV et Sa Majesté Louis XVIII. Au revers dans le champ en huit lignes on lit « A NOS FIDELES SUJETS POUR AVOIR SPONTANEMENT ET DE LEURS DENIERS RETABLI LA STATUE DE NOTRE VI AIEUL HENRI IV ». La pièce fut réalisée par le médailleur Raymond Gayrard (1777-1858). Andrieu réalisa une autre pièce daté du 28 octobre 1817 qui montrait sur l’avers le buste de Louis XVIII et sur le revers la statue équestre sur le piédestal timbré du bas-relief représentant le siège de Paris. On lit « HENRICO MAGNO CIVIUM PIETAS RESTITUIT. MDCCCXVII » « Andrieu fecit ».

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La Statue de bronze fut retirée de la fosse de fonderie le 13 Mars 1818. Il était temps alors de retirer la statue provisoire en plâtre de Roguier, qui fut transportée au Louvre le 16 Mai. Roguier commente ainsi « Au surplus le Roi considérant l’ouvrage de M. Roguier comme le premier hommage offert à la légitimité des Bourbons par la bonne ville de Paris avait ordonné qu’il fut conservé, et déposé au milieu de la cour du Louvre ; mais ayant fait remarquer qu’une statue équestre en plâtre déjà dégradée ne pouvait durer longtemps aux injures de l’air, nous avons été autorisés à la mettre au Louvre, au centre de la grande salle du rez-de-chaussée, à gauche de l’entrée de la Colonnade, avec les statues des grands généraux de la France. » Plus tard, la création du musée Charles X au Louvre, volonté royale, imposa le déplacement puis la destruction de la statue de plâtre, comme en fait foi un rapport au roi du 3 janvier 1827 portant l’apostille « Approuvé. Charles ».

Le 14 Août 1818, la statue quitte les ateliers du Roule. C’est un long cortège, avec un char tiré par 18 paires de bœufs, bientôt remplacés par des chevaux. Victor Hugo parle de cette scène « Par mille bras traîné, ce lourd colosse roule…Tout un peuple a voué ce bronze à ta mémoire »

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La statue put être dévoilée le 25 Août 1818, jour de la fête du roi qui fut doublement célébrée. « La veille, des représentations populaires avaient eu lieu dans tous les théâtres de la capitale. Partout des pièces ou des scènes composées dans l’intention de fêter le bon Roi offroient de piquantes allusions ou des couplets spirituels qui excitèrent de franches acclamations et furent applaudis avec transport ». Le jour de la cérémonie « la décoration du terre-plein du Pont-Neuf consistoit en un arc-de-triomphe érigé en arrière de la statue. Cet arc étoit revêtu du chiffre de Henri et de fleurs de lis espacées. On avait représenté sur les bases quelques scènes de l’histoire du monarque dont l’effigie allait reparaître ». C’étaient six bas-reliefs peints en or. Le premier représentait l’entrée d’Henri IV dans la ville de Paris en 1594, le deuxième, les autorités municipales présentant les clefs de la ville au roi, le troisième, les ligueurs se rangeant sous les lys, le quatrième, Henri IV passant les troupes en revue à leur entrée dans la capitale, le cinquième, le retour des militaires dans leurs foyers, le sixième, Henri IV passant sous un arc de triomphe et accueilli par un peuple qui se presse autour de lui. La correspondance avec les événements contemporains était évidente.

La statue réalisée par François Frédéric Lemot (1771-1827) présente Henri IV en armure, la tête ceinte d’une couronne de laurier. Il brandit un sceptre à fleurs de lys et chevauche un puissant destrier. Le piédestal est décoré de deux bas-reliefs historiés. Du côté sud, Henri IV fait entrer des vivres dans Paris assiégé. Du côté nord, le roi vainqueur proclame la paix sur le seuil de Notre-Dame.

Le marquis de Marbois célébra alors devant Sa Majesté Louis XVIII dans un long discours la mémoire d’Henri IV. Le comité de souscription remet une médaille d’or au roi, et d’autres aux princes de sa famille. Une médaille est prévue pour chaque souscripteur.

Un peu plus tard, La Folie, agissant en historien des événements par son remarquable travail, nous signale que l’on « s’occupa bientôt de placer dans le corps du cheval quatre boîtes de cèdre, contenant les objets que le comité avait résolu d’y déposer, et l’ouverture qui avait été ménagée pour les introduire fut ensuite fermée et scellée avec la plus grande solidité ».

En avril 1819, une lettre du Baron Lemot au chevalier Louis Bruyère, directeur des travaux publics, précise que la statue devait encore recevoir une patine vert antique. Et

le 16 décembre 1820, le dernier des bas-reliefs du socle est posé

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La Restauration de la Statue et la découverte des boîtes en 2004

Lors des travaux de restauration de la statue, la trappe dans le dos de la figure du roi a été ouverte le 4 novembre 2004 par le restaurateur Carlo Usai. On trouve d’abord dans le ventre du cheval les quatre boîtes. On discerne des impacts de balles, des coups sur la tête du roi, une tentative de sciage de l’une des pattes du cheval, souvenirs d’agressions que l’on peut dater de 1848 ou de 1870.

Les quatre boites sont en bois de cèdre, enfermées dans des coffres en alliage d’étain soudées à l’étain. Elles renferment documents, livres, et pièces déjà mentionnés dans les Mémoires de Lafolie.

Une notice des objets renfermés dans le corps de la Statue se trouve sur un parchemin manuscrit aux archives nationales. Cette notice est précieuse et permet de mieux d’écrire les objets renfermés dans les quatre boîtes à savoir :

  • Boite n°1 : parchemin du procès verbal dressé le 23ème du mois 1614 lors de l’inauguration de la Statue, une liste des membre du comité sur peau de vélin, le procès verbal dressé le 25 Août 1818, jour de l’inauguration de la nouvelle statue.
  • Boite n°2 : les Economies Royales de Sully, deux volumes, frappé sur les plats aux armes royales, finement relié par Simier relieur du Roy, reliure en veau fauve avec dentelles, tranches dorées.
  • Boite n°3 : Un exemplaire de la Henriade en deux volumes grand in-8 sur peau de vélin. Edition de Beaumarchais, reliés encore par Simier, ouvrages décomposés par l’humidité.
  • Boite n°4 : Un exemplaire de la vie de Henri IV par Péréfixe, un volume grand in 8 papier vélin : Hardouin de Péréfixe écrivit une Histoire du roi Henri le Grand qui fut largement publié à la fois au XVIIème et réédité pendant la Restauration. La quatrième boite est complétée de 26 médailles soigneusement emballés dont la description est donné dans un complément de la notice et décrivant des épisodes ou institutions de la Restauration :
    • Retour de Louis XVIII en France
    • Entrée du Roi à Paris
    • La Charte Constitutionnelle
    • La Légion d’honneur
    • Le 3 Mai 1814
    • Pompe funèbre de Louis XVI
    • Marie Antoinette
    • Mariage du Duc de Berry
    • Portrait de Malherbe
    • Paix du 12 Mai 1814
    • Commémoration du 20 Mars 1815
    • Retour du 8 juillet 1815
    • Le 21 janvier 1817
    • La Statue Equestre de Henri IV

Des investigations supplémentaires ont permis de trouver d’autres objets. Dans la tête du roi, une petite boite cylindrique en étain portant sur le couvercle le nom « MESNEL » de 1818 renferme un petit morceau de papier. Dans une boite cylindrique en bois, a été trouvé aussi un étui à plumes, renfermant un document sur parchemin plié et roulé mentionnant la liste des ouvriers ayant collaboré à l’érection de la nouvelle statue.

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Le bicentenaire de la Restauration de la Statue d’Henri IV

Le 6 juillet 2018, Monseigneur Louis de Bourbon Duc d’Anjou de jure Louis XX était revenu à Paris sur le Pont Neuf pour cette belle et émouvante commémoration. Voici un extrait de son discours au cercle militaire du 6 juillet 2018 : « Ce matin nous étions sur le Pont-Neuf, à côté de la Place Dauphine, des lieux encore témoins de son travail d’urbaniste. Ces lieux existent en fait dans tout Paris marquée par l’œuvre du Roi. Il a le premier créé la tradition des souverains soucieux de leur capitale. Le bicentenaire du rétablissement de la statue d’Henri IV qui avait été abattue par les révolutionnaires est ainsi l’occasion, une nouvelle fois, d’honorer la mémoire du Roi qui demeure, dans la conscience collective, le plus aimé par les Français pour avoir été grand dans la Paix comme dans la guerre ; dans le combat comme dans le pardon, sachant réconcilier et faire l’unité pour le bien commun. ».

Bibliographie

Ouvrages :

Le lis et la Violette, chansonnier royal, par un ami du Roi, troisième édition, 1816

Odes et Ballades sur le rétablissement de la statue de Henri IV, 1819

Mémoires historiques relatifs à la fonte et à l’élévation de la statue équestre de Henri IV par CJ Lafolie, 1819

Les fêtes royales sous la Restauration ou l’Ancien Régime retrouvé par Françoise Waquet

Archives :

Archives Nationales Cote AEII et AEVI (consultable sur ARCHIM)

Répertoire des fondeurs du XIXème siècle par R. Metman

Rétablissement de la Statue d’Henri IV à FranceArchives par Jacques Perot

Revues :

Journal de Fontaine

La statue d’Henri IV sur le Pont-Neuf, les boites trouvées dans le cheval de bronze par Jean Pierre Babelon

Collectif, Mémoire de la Société de l’Histoire de Paris et de l’Ile de France, 1924

Exposition Lemot : des oeuvres officielles et leur histoire secrète, Exposition, Nantes 2005

Catalogue de l’exposition Bronzes français. De la Renaissance au siècle des lumières, musée du Louvre 2008

Point de Vue Juillet 2018

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