LE PROJET D’ARC DE TRIOMPHE DE LOUIS XVIII

Suite à la défaite de Napoléon et à l’invasion des armées coalisées prussiennes, autrichiennes et russes les travaux de l’arc de triomphe (la première pierre a été  posée en 1806) sont suspendus. Le projet d’arc est abandonné et l’on songe à le      détruire pour le remplacer par une colonne surmontée de la statue de Sain Louis.

Il faut attendre 1823 pour que Louis XVIII édite une ordonnance selon laquelle « l’arc de triomphe de l’Etoile sera immédiatement terminé ». Le roi ordonne de modifier la dédicace du monument en l’honneur de l’Armée des Pyrénées conduite en Espagne par son neveu, le duc d’Angoulême.

L’expédition d’Espagne

En 1820, le roi d’Espagne Ferdinand VII doit faire face à un soulèvement populaire conduit par les libéraux. Ferdinand VII, sous la pression, remet en vigueur la constitution de 1812 et ainsi confier le pouvoir à des ministres libéraux. Des élections ont lieu en 1822 aux cortès et donne la victoire à Rafael del Riego, chef des libéraux. Le roi, prisonnier des cortès, s’est retiré au palais royal d’Aranjuez. Ses partisans installés à Urgell prennent les armes et tentent un soulèvement avec la garde de Madrid mais ce soulèvement échoue.

Le roi Ferdinand VII sollicite l’aide des monarques européens et l’aide du roi de France. Dans un de ses discours début 1823, Sa Majesté le roi Louis XVIII répond à la demande du roi d’Espagne : « J’ai tout tenté pour garantir la sécurité de mes peuples, et préserver l’Espagne elle-même des derniers malheurs. L’aveuglement avec lequel ont été repoussées les représentations faites à Madrid, laisse peu d’espoir de conserver la paix. J’ai ordonné le rappel de mon ministre ; cent mille français, commandés par un prince de ma famille, par celui que mon cœur se plait à nommer mon fils, sont prêts à marcher, en invoquant le Dieu de Saint Louis, pour conserver le trône d’Espagne à un petit-fils d’Henri IV, préserver ce beau royaume de sa ruine, et le réconcilier avec l’Europe. ». Le vieux roi se « souvenait de sa race » nous dit ce cher Monsieur de Laurentie auteur d’une brillante histoire de France.

Au congrès de Vérone, un traité est signé le 22 janvier 1823 pour rétablir Ferdinand VII en monarque absolu. Les espagnols appelleront l’armée française : los Cien Mil Hijos de San Luis (Les Cent Mille Fils de Saint Louis). Fin février, les chambres votent un crédit extraordinaire pour l’expédition. Commandé par le duc d’Angoulême, le prince avant de franchir la frontière parla à ses hommes (31 mars 1823) : « nous allons replacer un roi sur son trône, réconcilier son peuple avec lui et rétablir dans un pays en proie à l’anarchie l’ordre nécessaire au bonheur et à la sureté des deux Etats. »

L’armée française fut saluée de toutes parts, et à mesure que le pouvoir des Cortès tombait dans les villes, les populations accouraient pour saluer le prince libérateur, renversant les insignes de la Constitution, et applaudissant au rétablissement de la Royauté ; il arriva de la sorte jusqu’à Madrid parmi les ovations.

Chateaubriand déclara dans ses mémoires d’outre-tombe « Enjamber d’un pas les Espagne, réussir là où Bonaparte avait échoué, triompher sur ce même sol où les armes de l’homme fantastique avaient eu des revers, faire en six mois ce qu’il n’avait pu faire en sept ans, c’était un véritable prodige ! ».

Les modifications de l’Arc de triomphe du Carrousel

Une série de commandes officielles suivit la victoire des troupes françaises en Espagne : la monarchie désirait immortaliser par les arts, les hauts faits du duc d’Angoulême et de son armée. La maison du roi commanda des tableaux à Gros, Vernet, Langlois, Lecomte, Hersent. On songea alors à achever l’arc de triomphe de l’Etoile et à en faire un monument commémoratif de la campagne d’Espagne. Et surtout on commença à appliquer sur l’arc de triomphe du Carrousel des bas-reliefs inspirés par cette expédition.

Les archives de la Maison du Roi signalent bien des demandes de crédits pour la confection de bas-reliefs destinés à être placée sur l’Arc de Triomphe du Carrousel et qui célébreraient les victoires de l’armée française en Espagne.

De plus, le fameux quadrige, pillage de Napoléon, fut rendu en 1815 à la cité des doges, une copie sera effectuée par le sculpteur François Joseph Bosio en 1828.

En Avril 1831, L’usurpateur Louis-Philippe remit en place les bas-reliefs de l’arc de triomphe du Carrousel de l’Empire et cacha au musée du Louvre les bas-reliefs transformés sous la restauration :

  • Trois bas-reliefs et une tête formant les deux tiers senestres d’un bas-relief destiné au petit côté sud de l’arc de triomphe du Carrousel, sur l’iconographie de la Capitulation du Général Francisco Ballesteros à Campillo, le 4 Août 1823 ; commandés le 18 novembre 1828 par le ministère de la maison du roi ; les modèles en plâtre (disparues) furent commandés le 10 mars 1824 pour le nouveau décor de l’arc de triomphe du Carrousel et exposés au Salon de 1824, les marbres inachevés furent livrés au Louvre le 5 janvier 1831.

  • Deux autres bas-reliefs représentant le comte Gabriel Molitor et un soldat, ainsi que trois officiers et la tête du général Francisco Ballesteros.

Un arc de triomphe à la mémoire de l’armée des Pyrénées

Dans l’ami de la religion et du roi volume 37, page 298, des nouvelles politiques sont données au 11 octobre 1823 pour Paris. En passant devant la statue de Henri IV, pour se rendre à Notre-Dame, Sa Majesté a remarqué avec la plus grande satisfaction une couronne sur la tête du Roi, et sur le piédestal le buste de Monseigneur le duc d’Angoulême, couronné de lauriers. Pendant la journée, sept à huit cents charbonniers ont parcouru les rues de Paris, portant en triomphe le buste de Sa Majesté et celui de Monseigneur le duc d’Angoulême. Arrivés à la place des Victoires, ils ont posé une couronne d’immortelles sur la tête de la statue de Louis-le-Grand, aux cris mille fois répétés de Vive le Roi ! vivent les Bourbons ! vive le duc d’Angoulême ! Ils ont ensuite porté et inauguré le buste de S.A.R. à l’arc de triomphe de l’Etoile. Une brochure est signalée « Inauguration du Buste de S.A.R. Mgr le Duc d’Angoulême à l’Arc de Triomphe de la Barrière de l’Etoile, le Dimanche 12 Octobre 1823 par MM Les Charbonniers et Ouvriers des Ports et Chantiers de Bois de Paris ».

Par ordonnance du 9 octobre 1823, le roi Louis XVIII voulant perpétuer le souvenir du courage et de la discipline dont l’armée des Pyrénées venait de donner tant de preuves en Espagne, prescrivit que l’Arc de Triomphe serait immédiatement terminé. Le 29 du même mois les travaux reprirent sous la surveillance du directeur des travaux publics le vicomte Héricart de Thury, ayant comme adjoint en 1824, l’architecte M. Huyot.

Celui-ci voulut modifier les plans. Influencé par son voyage autour de la Méditerranée, il modifie les plans de Chalgrin du projet initial de l’Empire, et s’inspire de l’arc de Septime Sévère à Rome. L’architecte ajouta des colonnes de l’ordre corinthien isolées montées sur les piédestaux élargis et dont l’entablement servait d’imposte au grand arc.

Une polémique s’ensuivit à laquelle le nouveau roi Charles X mit fin le 12 mai 1825 en ordonnant de suivre les plans dressés par Chalgrin tels qu’ils avaient été adoptés le 27 mars 1809.

Malgré cette volonté formelle, Huyot ne désespéra pas de faire accepter certains de ses dessins et fit exécuter l’imposte du grand arc selon ses projets ; nouveaux atermoiements jusqu’à qu’une ordonnance du 3 décembre 1825 prescrivit à l’inspecteur général des travaux publics, Monsieur de Gisors, de la faire démolir comme contraire aux termes de l’ordonnance du 12 mai. M. Huyot n’avait qu’à se retirer, ce qu’il fit de mauvais gré, avec l’espoir de revenir.

Une nouvelle frise fut commandée à François Rude, dont le dessin est entreposé lui aussi au musée du Louvre, représentant Les corps constitués, l’armée et le peuple rendant hommage au roi Charles X. Le dessin est à la mine de plomb et sur cinq feuilles collées ensemble. L’envers représentait les soldats rendant hommage au roi Charles X sur son trône, sur trois feuilles collées ensemble.

Pendant les années 1826 et 1827 on construisit depuis l’imposte du grand arc jusqu’à la première assise de l’architrave du grand entablement ; l’année 1828 permettait d’envisager son achèvement lorsqu’à force d’intrigues Huyot obtint de Martignac de redevenir adjoint à l’architecte en chef.

Remis en place, il ne cessa, pour les décorations, la frise du grand entablement, la balustrade, de proposer des modifications dont certaines d’ailleurs furent approuvées, ce qui lui permit d’accomplir un acte de courtisanerie en faisant placer dans l’intérieur de l’assise des morillons à plomb de la clef du grand arc du côté des Tuileries, une table de marbre portant cette inscription :

Ce Monument commencé en 1806 et longtemps interrompu, continué en 1823
sous le règne de Louis XVIII, Roi de France et de Navarre, est consacré
à la gloire de Louis Antoine, Dauphin vainqueur et pacificateur de l’Espagne.
Cette pierre a été posée le 23 juillet 1829.

Le Vicomte de Martignac, Ministre de l’Intérieur
Le Vicomte Siméon, Conseiller d’Etat, Directeur des Sciences et des Arts
Le Vicomte Hericart de Thury, Conseiller d’Etat, Directeur des Travaux Publics
Par les soins de M. J. N. Huyot, Architecte du Monument

Joust, meurtri de n’être mentionné sur cette plaque se retira. Huyot, resté seul, continua après l’avènement de l’usurpateur Louis Philippe, les constructions de l’entablement. Bien entendu l’usurpateur Louis Philippe rendit l’Arc de Triomphe à sa destination première en le consacrant à la gloire des Armées de la République et de l’Empire. Il ne pouvait oublier un passé où, duc de chartres, et colonel du 14ème dragons, il avait combattu à Valmy et dans la plaine de Jemmapes au service de la république française.

La plaque gravée en 1844 sur les murs de la grande salle supérieure côté Neuilly mentionne bien la reprise des travaux en 1823 : « ce monument commencé en 1805 en l’honneur de la Grande Armée longtemps interrompu continué en 1823 avec une dédicace nouvelle ».

Projet de transformation de l’Arc de Triomphe à la gloire de Louis XVIII Aquarelle, plume et encore noire, projet datant de 1821
Mentionné dans le bulletin de la Société d’Histoire de l’art français, année 1920

Maquette pour le projet pour l’Arc de Triomphe de l’Etoile, 1825 réalisé par Jean Nicolas Huyot. La maquette est restée dans les sous-sols du palais de Chaillot jusqu’à sa restauration en 1999.

Premier Projet d’un arc de triomphe dédié « A Louis le Désiré » par L. Goust

Projet de bas-relief pour l’Arc de Triomphe du Carrousel. Ce dessin représente le retour du duc d’Angoulême à Paris après la guerre d’Espagne. Il est accueilli par le roi Louis XVIII, le jeune duc de Bordeaux, le comte d’Artois, la duchesse de Berry, la duchesse de Parme et son épouse. Le bas-relief en plâtre correspondant est au musée d’Angers. Le dessin est au département des Arts graphiques du musée du Louvre.

Un des bas-reliefs cachés par Louis Philippe au musée du Louvre

La Frise du sacre de Charles X pour l’Arc de triomphe de l’Etoile