C’était un 1er Mai en la cathédrale Notre-Dame de Paris

Oui, Oui, Oui. C’était un 1er Mai, en la cathédrale Notre-Dame de Paris, que l’enfant du miracle fut baptisé. Un 1er mai qui eut la solennité et le faste d’un sacre.

L’enfant du miracle

L’infortuné Duc de Berry, sur son lit de mort, avait recommandé à sa noble épouse de vivre pour l’enfant qu’elle portait. Le 29 septembre 1820, vers 2 heures du matin, la duchesse de Berry donne naissance à un garçon au palais des Tuileries. Il est prénommé Henri, en hommage à Henri IV, le fondateur de la dynastie des Bourbons. Il porte également les prénoms de Charles, Ferdinand, Marie, Dieudonné (donné par Dieu). Pour attester de la légitimité de la naissance, plusieurs témoins sont invités à assister aux premiers soins de l’enfant du miracle. Vers 5 heures du matin, la naissance est officiellement annoncée au Peuple de Paris. Paris fête l’héritier du trône. De nombreux poètes célèbrent l’événement. Victor Hugo, Chateaubriand publient des vers à la gloire de « l’enfant du miracle » comme le désigne Lamartine : « Il est né, l’enfant du miracle ! / Héritier du sang d’un martyr / Il est né d’un tardif oracle / Il est né d’un dernier soupir ! / Aux accents du bronze qui tonne / La France s’éveille et s’étonne / Du fruit que la mort a porté ! / Jeux du sort ! Merveilles divines ! / Ainsi fleurit sur des ruines / Un lys que l’orage a planté. » (Alphonse de Lamartine, Méditations octobre 1820).

En 1822, un très rare petit livre orné des fers de la ville de Paris fut imprimé et distribué pour les parisiens qui avait aidé et participé aux fastes des fêtes donnés par la ville de Paris à l’occasion du baptême de l’enfant du Miracle. L’ouvrage fut écrit par René du Chazet, bibliothécaire du roi Louis XVIII.

Ce qui s’est passé de sa naissance à ce jour de fête du 1er Mai y est relaté d’une manière très précise. Le 29 septembre 1820, à quatre heures du matin, 24 coups de canons annoncent à la capitale la naissance d’un Prince.

Ce jour-là le corps municipal, réunit à l’hôtel de Ville, reçoit la nouvelle de la part de S.A.R. Monsieur, aïeul paternel, et M. le chevalier Galard de Béarn, lieutenant de ses gardes, et ensuite de la part du Roi, par M. le marquis de Rochemore, maître des Cérémonies de France. Une boîte en or aux armes de la ville, ornée des médaillons, de Mgr et Madame la duchesse de Berry, est remise à ses deux envoyés.

L’ivresse publique est à son comble. Chacun pose sa lumière à sa fenêtre ; on rit et on s’embrasse. Le peuple et l’armée sont affamés de contempler le petit-fils d’Henri IV ; et Mme la Duchesse de Berry sur les marches du perron des Tuileries présente l’enfant du miracle à la foule en liesse.

Le Baptême

Notre-Dame est décorée avec soin par Jacques-Ignace Hittorff et Jean-Francois Lecointe, architectes des fêtes et cérémonies du roi. Les architectes sont chargés de concevoir des décors éphémères. Ils réalisent à cette occasion l’un des premiers décors néogothiques sur la façade.

Les architectes des Menus Plaisirs adoptèrent le style à la mode pour décorer la cathédrale : le pouvoir émotionnel et poétique de l’art gothique transportait les contemporains dans un monde chevaleresque et féérique.

Rien ne fut comparable à la décoration dressée par Bélanger pour le porche de Notre Dame lors de la messe du Saint-Esprit qui eut lieu le 4 novembre 1817. Tout fut magnifié dans les compositions et décors pour le baptême du petit duc. K. Hammer parle alors des contacts pris par Bélanger avec Hittorff et un de ses compatriotes, Sulpice Boisserée, venu à Paris pour faire imprimer son livre sur la cathédrale de Cologne. Le choix de l’art gothique s’explique ainsi pour la belle cérémonie. Hittorff voyagea aussi en Angleterre en 1820, et fut impressionné par l’art néo-gothique qui était déjà très à la mode.

Afin de donner à l’extérieur de la cathédrale, le caractère de la fête solennelle qui devait y être célébrée et pour ménager à Sa Majesté et à son cortège ainsi qu’aux personnes invitées, une arrivée à couvert, il fut construit un portique en avant, sur toute la largeur de la façade du portail. Ce portail qui s’élevait jusqu’à la hauteur des galeries supérieures de l’église, était d’un style d’architecture gothique très riche. L’avant-corps du milieu était couvert d’une grande voûte ogive, ornée de riches compartiments ; le porche qui le précédait, composé de quatre colonnes, supportait une voûte d’arêtes et des arcades ogives où brillaient les armoiries et les chiffres de Sa Majesté et de Son Altesse Royale Monseigneur le duc de Bordeaux.

Sur les pieds droits, s’élevait un fronton enrichi d’une grande rose, avec l’écusson aux armes de France. Ces pieds droits étaient décorés de quatre statues colossales en or, représentant les rois de France : Clovis, Charlemagne, saint Louis et Henri IV. L’intérieur du porche offrait les images de vingt-quatre évêques de Paris. Les portiques latéraux, décorés des armoiries et des statues des bonnes villes, offraient les noms de tous les départements inscrits sur des écussons ou dans des compartiments gothiques. Le fronton du porche était surmonté d’une croix enrichie d’ornements. De grandes bannières aux armes de France se déployaient sur le sommet des tours. De nombreux gradins garnissaient la place qui était entourée des plus riches tapisseries de la couronne.

Le maître-autel, au centre de la nef, flanqué de quatre colonnes surmontées d’anges en or portait les honneurs du baptême. A cet occasion fut réalisé une somptueuse aiguière, œuvre de l’orfèvre Jacques Henri Fauconnier (1779-1839), très apprécié par la mère du duc de Bordeaux. La forme très sobre est ornée d’éléments décoratifs inspirés de l’Antiquité gréco-romaine. On retrouve au centre un bas relief représentant une femme agenouillée, derrière laquelle se dresse un oriflamme à fleurs de lis. Elle tend un enfant au-dessus des fonds baptismaux pendant que la figure de l’Église verse l’eau du baptême.

A cette occasion, Le Roi Louis XVIII offre au diocèse de Paris, un ostensoir orné de strass et enrichi d’une auréole de rubis.

Le duc de Bordeaux reçoit pour parrain et marraine le duc et la duchesse d’Angoulême, ses oncle et tante.

La cérémonie du baptême a lieu au milieu d’une affluence prodigieuse de fidèles et l’archevêque de Paris adresse au Roi le discours suivant : «  Sire, Lorsque cet enfant royal fut donné de Dieu pour consoler la France de ses malheurs, la religion le salua avec les transports de la reconnaissance. Elle n’a pu voir sans un profond attendrissement V.M. venir elle même, avec actions de grâces, le consacrer au Seigneur dans son temple et le déposer sur son autel, comme pour reconnaître d’une manière plus solennelle le miracle d’un si grand bienfait. En religion, Sire, remet entre vos mains ce dépôt précieux, chargé de ses bénédictions et de ses espérances. Elle le confie à V.M. pour lui apprendre, par ses leçons et par ses exemples, ce que l’église doit se promettre sous le règne d’un Roi très-chrétien. »

Le Roi répond en ces termes : « Que pouvais-je faire de mieux que de venir présenter au Seigneur ce précieux enfant, d’appeler sur lui la protection de la très-sainte Vierge, et d’oser joindre ma bénédiction à celle que vous venez de répandre sur sa tête ? Priez pour lui, M. le cardinal ; je vous le demande avec instance. Que le clergé de France prie pour lui, afin qu’il se rende digne du bienfait que le ciel nous a accordé par sa naissance, et que sa vie soit consacrée au bonheur de la France et à la gloire de notre sainte religion ».

Après la messe, le Roi et les Princes de sa famille signe l’acte de baptême ; il est également signé par les présidents des deux Chambres, par les députés des bonnes villes et par M. le comte de Chabrol au nom de la ville de Paris : Le Roi aurait voulu le faire signer à tout le royaume, puisqu’il s’agissait de l’enfant de toute la France.

On distribue des pièces d’argent dans différents quartiers de Paris, par les soins des bureaux de charité. Les mariages de seize jeunes filles dotées par la ville de Paris sont proclamés dans les douze arrondissements. Les jeunes épouses reçoivent une médaille d’argent gravée pour le baptême de Mgr le Duc de Bordeaux. Un tableau est placé devant la statue du bon roi Henri IV on voit : « Jeanne d’Albret 1553 / Français aimez mon petit-fils comme j’ai aimé ces pères / Caroline 1821 ».

Le1er Mai au soir, un feu d’artifice de la composition de Claude Ruggieri, fut tiré sur le Pont Louis XVI (actuel pont de la Concorde). En voici la composition : « Trois cent fusées d’honneur, accompagnées de six bombes de divers calibres. Deux cent flammes du Bengale. Cent cinquante saucissons volans. Trois cents chandelles romaines en batterie. Une espèce de temple, au milieu duquel figurait un berceau royal … une guirlande de sept cents douzaines de fusées terminait ce feu ».

La réception à la municipalité le 2 Mai

La famille royale fut reçue à l’Hôtel de ville, alors que les réjouissances populaires avaient lieu sur les Champs-Elysées. Les Menus plaisirs ouvrirent largement leurs magasins à Molinos qui, en tant qu’architecte en chef de la ville de Paris, était chargé de l’organisation de cette fête. La réception royale fit se succéder le banquet, les intermèdes, le concert puis un bal. La grande salle fut transformée en salle de bal éphémère : l’élégance des décorations de style Louis XV, de grandes draperies appliquées en gaze d’or, des branches et des tiges de lis et partout des guirlandes de roses.

BIBLIOGRAPHIE

Livres

Relation des fêtes données par la ville de Paris et de toutes les cérémonies qui ont eu lieu dans la capitale à l’occasion de la naissance et du baptême de Mgr le duc de Bordeaux par René de Chazet, bibliothécaire du Roi, 1822. (qq exemplaires sont reliés aux armoiries de la ville de Paris).

Les fêtes royales sous la Restauration par Françoise Waquet.

Jabob Ignaz Hittorff par K. Hammer

Précis historique sur les fêtes, les spectacles et les réjouissances publiques par C. Ruggieri.

Description des travaux exécutés à l’église métropolitaine de Paris à l’occasion de la cérémonie du baptême de S.A.R. Monseigneur le duc de Bordeaux par Gilbert

Revue

Au département des Objets d’art du Louvre, l’aiguière du baptême du duc de Bordeaux par J.H. Fauconnier. Revue du Louvre et des musées de France (2002)